“Cucumber” : la suite spirituelle de “Queer As Folk” qui cuisine la sexualit√© gay

Lorsqu‚Äôil revient en 2015 avec une nouvelle s√©rie centr√©e autour de personnages gays, 15 ans apr√®s Queer as folk, Russell T. Davies ne fait pas les choses √† moiti√©. Plut√īt qu‚Äôune s√©rie conventionnelle, le sc√©nariste a imagin√© un triptyque, intitul√© “Cucumber”/”Banana”/”Tofu”.

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Ce titre très alimentaire est explicité dès l’ouverture de Cucumber, avec un monologue de Henry, son personnage principal, qui explique des chercheurs suisses ont travaillé 10 ans sur l’érection masculine et ont établi une gradation, de la plus molle à la plus dure, en y associant un aliment. Dans l’ordre croissant du plus au plus dur : le tofu, la banane pelée, la banane non pelée et le concombre.

Entité principale du triptyque, Cucumber met en scène pendant 8 épisodes les tribulations de Henry, gay quinquagénaire anglais, qui a horreur de la sodomie et qui ne sait pas nager. Banana se compose également de 8 épisodes, mais dans un format un plus court: chacun d’eux est consacré à un ou des personnages secondaires de Cucumber — avec plus de diversité dans ce dernier, centré sur des personnages gays. Tofu, enfin, est un mini documentaire avec les acteurs de la série et des anonymes qui discutent de sexualité, avec franchise et sans tabou.  

Pousser le curseur

Comme dans Queer as Folk, dont Cucumber/Banana/Tofu est une “suite spirituelle” selon les mots de leur créateur, l’action se situe à Manchester. Russell T. Davies y traite de nouveaux thèmes, comme celui du vieillir gay. On y parle aussi beaucoup de sexe, mais le curseur a été poussé un peu plus loin. On aura rarement autant parlé à la télévision de sodomie, de masturbation, d’éjaculation précoce, d’obsession pour le sexe avec une telle audace et une telle crudité. La sexualité des gays n’est pas un long fleuve tranquille et Russell T. Davies semble vouloir en visiter et questionner chaque recoin, y compris les plus sombres. 

Quelques exemples: Henry se fait larguer par son fiancé, Lance, parce qu’il refuse de pratiquer la sodomie (et d’apprendre à nager) ; une fois célibataire, toujours à la recherche d’“une bite de plus”, Henry développe une obsession pour l’un de ses jeunes collègues, Dean, aussi charmant et volubile que menteur, et le colocataire de celui-ci le beau Freddie, ce dernier piège son ancien professeur avec qui il couchait étant adolescent, Lance jette son dévolu sur son collègue hétéro — ce qui est toujours une mauvaise idée, comme chacun sait ; Henry, toujours lui, fait faire des vidéos sexys à son neveu pour gagner un peu d’argent… 

Une écriture virtuose

Toutes ces intrigues sont menées tambour battant, avec toujours cette écriture virtuose qui caractérise Russell T. Davies: personnages hauts en couleur (interprétés par un casting de toutes origines et couleurs de peau, contrairement à Queer as Folk), péripéties rocambolesques, dialogues savoureux (le passage hystérique sur l’acteur Ryan Reynolds dans le premier épisode).  

Comme souvent avec celui qui a récemment écrit Years and Years, le drame n’est jamais loin de la comédie. On passe du rire aux larmes, et inversement, en un rien de temps. Mais mine de rien, entre deux émotions, Russell T. Davies nous tend un miroir sur notre propre (homo)sexualité. Le reflet n’est pas toujours beau à voir, mais il n’y a rien d’insurmontable pourvu qu’on ait l’honnêteté de s’y confronter et le courage de regarder la forêt qui se cache derrière l’arbre de notre obsession pour l’érection, qu’elle soit dure comme un concombre ou molle comme du tofu.

Cucumber et Banana sont disponibles en VOD sur Allo Ciné et en streaming sur MyCanal.

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