Dans la BD « Le bruit des gens », Nikesco raconte avec humour sa vie de trentenaire gay et sourd

Nikesco, gay et sourd, publie sa première bédé, dans laquelle il décrit avec humour le quotidien des personnes sourdes et malentendantes.

Alternative Text Par Jock • Publié le

Deux hommes sont au lit. Ils viennent de coucher ensemble et vont s’endormir. L’un des deux a l’air de dormir. L’autre lui demande s’il l’entend. Le premier ne répond pas. Il ne l’a probablement pas entendu, puisqu’il est sourd. Alors le second se met à chanter à tue-tête une chanson d’amour niaise. Toujours aucune réaction. Celui qui est réveillé dit alors à celui qui a l’air de dormir qu’il apprendra la langue des signes pour la lui chanter. Le garçon sourd n’entend certes pas ce qui lui dit le mec avec qui il vient de coucher, mais ses autres sens sont en éveil. Il l’a senti bouger et n’a désormais qu’une envie: fuir le plus vite possible ce psychopathe qui s’agite frénétiquement au lit pour rien.

C’est l’une des saynètes de la bédé Le bruit des gens (éditions Lapin), signée Nikesco.

Nikesco, c’est Nicolas, 30 ans, gay et sourd. Pour sa première bédé, il raconte les mille et une situations auxquelles il est confronté chaque jour du fait de sa surdité. Discussions, avec des inconnus, rencards, rendez-vous chez le médecin, sorties dans un bar… La vie en société n’est pas toujours adaptée (ou pas souvent, a-t-on envie de préciser) aux sourds et malentendants. Dans de nombreuses vignettes d’une ou de plusieurs pages, l’auteur nous montre que ces derniers doivent faire preuve au quotidien d’une patience à toute épreuve. Un solide sens de l’humour ne fait pas de mal non plus, bien au contraire. Et puis il y a des côtés pratiques: on peut ainsi repérer de plus loin une personne sourde qui dit du mal de vous!

Au final ce partage d’expérience a une vertu: construire un pont entre malentendants et entendants. On n’agit pas toujours bien face à ce qu’on ne connaît pas. Le bruit des gens permet de combler cette lacune chez beaucoup d’entre nous et offre une belle et trop rare visibilité à d’autres.

Et puis, la bédé fournit aussi l’occasion rappeler quelques évidences, que l’auteur martèle: sourd ne veut pas dire muet et on dit « langue » des signes et non « langage », car c’est une langue à part entière. Faites passer.

Tu en veux encore ?