Le nu frontal masculin : la fin d’un tabou √† Hollywood ?

Longtemps interdit, voire censur√©, le nu frontal masculin √©tait rare dans les productions hollywoodiennes. Avec l‚Äôarriv√©e des plateformes, on assiste √† une lib√©ration des images de nus masculins. La s√©rie “Euphoria” en compte, par exemple, une trentaine‚Ķ

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C’est la scène dont tous les fans de séries parlent : dans le deuxième épisode de Pam & Tommy (disponible en streaming sur la plateforme Disney+), le chanteur de rock confie explicitement à son pénis (il lui parle et ce dernier répond) qu’il est amoureux de Pamela Anderson. C’est à la fois très drôle et perturbant tant la scène est démonstrative. Rien n’est caché et la prothèse (oui, c’est une prothèse…) est très réaliste. On imagine avec une pointe de d’humour et d’envie, l’équipe de maquillage en train d’installer le faux pénis sur Sebastian Stan.

On est dans Pam & Tommy bien loin du sexe très discret de Richard Gere dans American Gigolo. On considère aujourd’hui qu’il est le premier vrai nu frontal d’une star d’Hollywood. On se souvient encore des sexes visibles mais trop furtifs de Ryan Reynolds dans Deadpool, de Ben Affleck dans Gone Girl ou de Chris Pine dans Outlaw King

Depuis, les réalisateurs et surtout les acteurs prennent beaucoup moins de pincettes. Et ce, notamment grâce aux séries… Game of Thrones, Rome, Oz, The White Lotus Sans oublier Euphoria ou encore Sex/Life. ! Autant de créations qui se moquent allègrement de la censure possible des grands groupes de télévision, voire des agents des stars elles-mêmes : la scène de nu frontal de Bruce Willis dans La Couleur de la nuit a été coupée au montage (avant d’être réintégrée dans la version DVD, argument marketing oblige) ou encore celles prévues dans le scénario de Call Me By Your Name bloquées par les agents des deux acteurs…

Dans cette scène de la première saison d’Euphoria, Jacob Elordi traverse les vestiaires entouré de ses coéquipiers nus… et ils sont nombreux !

Pas forcément rares, mais discrets

Contrairement aux nus féminins, celui masculin se devait d’être discret. Comme si la moindre vision d’un pénis générait systématique une approche sexuelle de l’image. Du coup, rares sont les nus masculins franchement gratuits. Les sexes apparaissent quand on ne peut pas faire autrement. Et encore… Les scènes de nus masculins sont très courtes et dépassent rarement la seconde… Pedro Almodóvar a longtemps emballé l’objet en question dans des slips blancs assez moulants comme dans La Loi du désir ou La Mauvaise éducation. Pudibonderie latine ou gesticulation pour éviter un classement X (terrible pour la distribution d’un film) ? Les plateformes et surtout les réalisateurs indépendants ont brisé le plafond de verre opaque dans lequel le pénis était enfermé… De Jude Appatow, dans 40 ans, toujours puceau à Todd Haynes avec Velvet Goldmine en passant par John Cameron Mitchell dans Shortbus, tous ont montré des hommes nus comme les autres réalisateurs filment les femmes nues… Ou presque.

Moins de femmes dénudées

Avec la libération sexuelle de la fin des années 60, montrer des corps nus au cinéma devient chose courante. A la télévision, il faudra attendre la fin des année 90 : la ménagère de plus de 50 règne en maître sur les productions du petit écran. Mais jusqu’à peu, ce sont majoritairement les femmes qui sont filmées nues. Peu d’hommes ont été montré en tenue d’Adam, à part dans les films (au demeurant très queer) de Paul Morrissey, John Bidgood ou Pasolini… Et ce sont justement dans des œuvres qu’on classait comme « Art et essai » donc plus difficilement accessibles…

Benedict Cumberbatch dans The Power of the Dog de Jane Campion

Depuis le scandale #metoo, les règles de tournage de nus avec des femmes ont changé : sur les plateaux apparaissent désormais des « coordinateurs d’intimité » ! Il devient très difficile de faire tourner une femme nue. Leonardo di Caprio s’est fendu d’un post amer au sujet de la scène de nue qu’on a fait tourner à Meryl Streep (ou à sa doublure, plutôt) dans Don’t Look Up parce qu’il la trouvait complètement gratuite… Du coup, à la place des corps de femmes, les pénis apparents deviennent légion : actuellement sur les écrans, Simon Rex est nu dans Red Rocket, Benedict Cumberbatch s’exhibe dans The Power of the Dog (il a d’ailleurs été nommé aux Oscars pour ce rôle…) et Bradley Cooper a passé six heures, nu comme un ver pour le tournage d’une scène de Nightmare Alley

Et en France ?

En France, on a nos champions des scènes de nu. En tête, vient bien sûr Gérard Depardieu qui a été « à poil » dans pratiquement tous ses films des années 70 et 80. On se souvient du plan au lit avec Patrick Dewaere, nu lui aussi, dans Les Valseuses de Bertrand Blier. D’autres ont aussi montré leur pénis au cinéma : Romain Duris dans Peut-être, Gaspard Ulliel dans Saint Laurent, Jean-Hughes Anglade dans 37,2° le matin ou encore Vincent Cassel dans Irréversible… Le cinéma français a justement beaucoup joué avec son image de cinéma libre et loin de toute censure pour pouvoir se permettre de montrer ce qui ne pouvait pas être vu à l’étranger. A noter que la plupart des « zizis » français ont été coupés au montage international… Côté télévision, la France accuse un sacré retard… Et ne semble pas prête à s’émanciper à ce niveau…

Tu en veux encore ?