À écouter : “Félix, love me not”, vie et mort d’un jeune gay arménien réfugié en France

Dans un podcast de France Culture, Didier Roth-Bettoni retrace le parcours de Felix, jeune gay arménien réfugié en France et mort d’une overdose à 23 ans. Exil, chemsex, reconstruction de soi, ce documentaire poignant permet d’aborder des thèmes qui font écho à ce que beaucoup de gays vivent aujourd’hui. 

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Une vie entre ombre et lumière, qui s’est terminée beaucoup trop tôt. France Culture a mis en ligne le documentaire sonore “Félix, love me not”, qui raconte l’histoire troublante d’un anonyme, Felix.

En 2013, le jeune homme, qui s’appelle en réalité Kamo, doit quitter Erevan, la capitale arménienne. Le DIY, le bar LGBT où il travaille, a été incendié par des extrémistes homophobes, qui menacent toute la communauté. Il atterrit à Paris, passe un petit moment à la rue avant d’être pris en charge par le Refuge, puis finit par trouver une colocation. 

Alors qu’il semblait s’être reconstitué une vie dans la capitale française, Félix meurt d’une overdose le 24 décembre 2017, peut-être après une soirée de chemsex. Il avait 23 ans.

Portrait en clair-obscur

Ce récit est signé Didier Roth-Bettoni, à l’écriture, et Nathalie Battus, à la réalisation, un tandem à l’origine de plusieurs autres documentaires sonores, Quand la création raconte le sida, Derek Jarman, cinéaste queer

Didier Roth-Bettoni et Nathalie Battus — qui a connu Félix personnellement — dressent un très beau portrait en clair-obscur du jeune homme, à l’image de cette magnifique photo en noir et blanc utilisée pour la promo.

Ses amis décrivent un garçon solaire, au style vestimentaire affirmé, tantôt extraverti — il adorait la danse et les divas —  tantôt réservé ou secret. 

“C’est un personnage extrêmement mystérieux, c’est ça que je trouvais intéressant. » nous confie Didier Roth-Bettoni. « À chacune des rencontres qu’on a faites, ce qui m’a frappé, c’est le nombre de blancs dans cette vie, le nombre de choses qui restent incertaines. C’est comme si ce garçon, qui a marqué les personnes qui l’ont fréquenté, était resté un mystère pour tout le monde, et reste un mystère encore trois ans après sa mort. On a essayé de voir comment à part de cette espèce de vide on pouvait essayer de livrer un portrait en creux, qui soit le portrait de Félix, mais qui soit aussi le portrait d’une partie de la jeunesse lgbt d’aujourd’hui.

Stay Strong

Même les circonstances de son décès restent une énigme. On le retrouve mort d’une overdose, avec un cocktail fatal de cocaïne, MDMA et alcool dans le sang. Est-il mort seul ? A-t-il été laissé là alors qu’il était inconscient ? Était-ce après un plan cul ? Celui qui s’était fait tatouer “Stay strong” [“Reste fort”] sur le torse voulait-il en finir ? 

“Le chemsex est une hypothèse parmi d’autres de son décès », précise Didier Roth-Bettoni, avant d’ajouter: “C’est une hypothèse forte, mais ça reste une hypothèse. Certains de ses amis disent qu’ils ne croient pas au chemsex, qu’il s’agit plutôt d’un suicide.” “C’est pas Félix, c’est pas Félix”, répète ainsi l’un de ses amis. Il était trop pur pour ça.”

Il y a toujours eu des incertitudes sur cette fin de vie, qui ajoutent à la complexité du personnage, poursuit Didier Roth-Bettoni. Et c’est une question qui résonne très fortement dans la communauté aujourd’hui. Le fait de pouvoir l’évoquer était une de nos motivations.” 

Pour aborder la question, Didier Roth-Bettoni a fait appel à Tim Madesclaire, animateur d’action au Spot, le centre de santé de Aides qui travaille beaucoup sur le chemsex.  La triste fin de Félix fait inévitablement penser aux nombreuses victimes du chemsex ces dernières années, médiatisées (comme Christophe Michel, mari de Jean-Luc Romero, mort à 31 ans d’une overdose de GHB/GBL après un rapport sexuel) ou anonymes. Au delà-du parcours individuel de Félix, ce documentaire sonne comme un hommage à toutes celles et tous ceux dont la flamme s’est éteinte trop tôt. 

Felix, love me not. France Culture dans le cadre des podcasts Ll’Expérience
Disponible en ligne ici.

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