Ciné : “Pour Toujours”, des papas gays à l’italienne

Deux séduisants quinquagénaires sont au cœur de “Pour toujours”, délicieuse comédie dramatique italienne signée Ferzan Ozpetek où il est question de couple en crise, d’homoparentalité, de transformation du désir, de famille recomposée, et d’amour bien sûr !

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Tout commence (ou presque) sur une grande et superbe terrasse romaine où est célébré un mariage gay et où se retrouve tout un petit monde de voisins et d’amis de tous genres. On se croirait dans Tableau de famille, l’un des précédents films de Ferzan Özpetek, où une telle terrasse, déjà, servait de décor à la famille LGBT+ recomposée du héros, déjà joué par Stefano Accorsi.

Ici aussi, il y a des rires, de l’amitié, de l’amour, des secrets. Il y a aussi un couple de fringants et sexy quinquagénaires, Arturo et Alessandro (Stefano Accorsi et Edoardo Leo), qui vivent ensemble depuis quinze ans mais dont la passion s’est éteinte. Ça pourrait être l’histoire : la fin d’un amour. Ce serait évidemment trop simple et bien trop sombre pour un cinéaste qui sait comme personne marier situations dramatiques et comédie : qu’on se souvienne de La Fenêtre d’en face ou du Premier qui l’a dit.

Roi du box-office italien mais bien mal connu en France où nombre de ses films sont restés inédits ou ont eu des sorties discrètes, le réalisateur, né en Turquie et installé en Italie depuis 1976, n’a jamais fait mystère de son homosexualité (il vit depuis des années avec son producteur) et celle-ci traverse toute son œuvre. La popularité de ses films très ouvertement gays n’est d’ailleurs pas anodine dans un pays encore très homophobe comme l’Italie.

Une fois de plus avec Pour toujours, l’homosexualité de ses deux personnages principaux est centrale et pourtant, elle est presque un non-sujet tant elle est une évidence. Le sujet, c’est le couple, sa durée, la transformation des rapports entre deux personnes qui s’aiment avec le temps (de la passion à la tendresse), ce sont les accommodements que chacun accepte ou n’accepte plus pour continuer (ou pas) à rester ensemble, etc.

Ici, tout semble sur le point de se déliter jusqu’au moment où, dès la fin de la séquence inaugurale, l’arrivée impromptue d’une amie à la fête va bouleverser ce schéma : souffrante, elle doit être hospitalisée quelques jours et confie à Arturo et Alessandro ses deux enfants d’une dizaine d’années. Cette parentalité provisoire (vraiment ?) et inattendue va rebattre les cartes dans le couple et obliger les deux amants à se poser de nouvelles questions quant à leur avenir.

Ozpetek, comme toujours, porte un regard plein d’empathie sur ses personnages, jusque dans leurs travers et leurs petits accommodements avec la vérité : seule la richissime grand-mère claquemurée dans sa sublime villa sicilienne est traitée sur un mode caricatural et n’est sauvée par rien. Et comme d’habitude, le réalisateur s’attache à bousculer l’idée traditionnelle de la famille si chère pourtant à son pays : après la famille queer tellement plus attachante que les familles de sang de Tableau de famille ; après la famille dynamitée par les coming out en série des garçons du Premier qui l’a dit ; voici la famille gay préférée (et préférable) à la famille biologique de Pour toujours.

Coloré, sensible, classique en apparence (se méfier des apparences !), le cinéma de Ferzan Ozpetek confirme avec ce Pour toujours qu’il est l’un des plus heureusement LGBT+ qui soit !

Pour toujours, de Ferzan Ozpetek, avec Stefano Accorsi, Jasmine Trinca, Edoardo Leo. Sortie le 9 février.

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