Dessins : Les bogosses de T√™te Noire

Interview de Tête Noire, pseudo d’un illustrateur français qui vit à Paris et qui dessine principalement des beaux mecs d’origine asiatique. Il a également contribué au volume 3 de Bogossbook qui est sorti dernièrement.

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Retrouvez Tête Noire dans le Bogossbook volume 3 disponible ici

Tête Noire, d’où te vient ce pseudonyme ?

Lorsque je suis né (en occident), c’est un surnom que le personnel soignant m’avait donné à la maternité car j’étais le seul bébé asiatique, la seule « tête noire » parmi toutes ces têtes blondes !

Comment en es-tu venu au dessin ?

Enfant, je dessinais tout le temps. Et adolescent, j’étais passionné de comics, de dessins-animés japonais et de mangas, et dans la communauté de fans, tout le monde dessinait ou écrivait. Il y avait une certaine émulation. Bref, un parcours classique de nerd !

Tu représentes en majorité des hommes de type asiatique, en jouant parfois avec plusieurs codes tels que le Shibari (bondage japonais), les décors d’intérieurs avec des Shōji (parois en bambou et papier Washi), ou bien avec des codes visuels plus modernes comme des vêtements ou des couleurs dignes de la K-Pop. Parle-nous de ces choix dans tes dessins.

J’ai toujours trouvé assez drôle l’usage d’esthétiques et artefacts asiatiques dans l’érotisme occidental. Je pense qu’instinctivement, lorsque j’utilise ces éléments « orientalistes », très clichés, c’est un peu un clin d’œil ironique à la fétichisation et l’exotisation des corps asiatiques. Une tentative de détournement par la réappropriation. Dans une certaine mesure, j’imagine aussi que ce sont des marqueurs identitaires qui me permettent d’établir un sentiment de connexion à une communauté ethnique élargie (« pan-asiatiques »). J’essaie également d’incorporer des éléments contemporains pour reproduire ce mélange de tradition et de modernité décomplexé qu’on retrouve dans les médias pop asiatiques (japonais et sud-coréens notamment) qui m’inspirent beaucoup et dont je suis très fan.

Tu as posté « Stop Asian hate » sur ton Instagram. Penses-tu que l’art puisse rapprocher les gens ?  

Peut-être oui, dans une certaine mesure mais je n’en suis pas totalement convaincu. Il peut être un véhicule pour faire passer une idée, une opinion, une humeur. Par contre, le pouvoir des réseaux sociaux, lui, est énorme, et même si relayer un hashtag reste largement insuffisant, c’est un moyen de montrer son soutien et de susciter des discussions. De créer du collectif aussi. J’espère aussi qu’Instagram peut encore être un moyen de créer de la visibilité pour les personnes queer non-blanches et de la représentation positive pour tous groupes marginalisés.

On retrouve souvent des jock straps et des baskets dans tes dessins ; est-ce que le fétichisme est une part importante dans ton art ?

J’inclus des éléments issus du fétichisme pour sa charge érotique qui me permet de donner un caractère plus coquin à mes dessins, plus osé, plus sexuel, sans tomber pour autant dans l’explicite et le pornographique. C’est aussi un moyen d’ancrer mes dessins sur un territoire érotique gay, queer, alternatif. J’utilise aussi le fétichisme simplement pour ses qualités graphiques, les couleurs, les formes. Par exemple, certains sous-vêtements « sexys » gays (pas hétéros) sont vraiment très colorés et fun, à la limite du ridicule et en même temps très sophistiqués. Enfin, les sneakers ont ce statut spécial d’objet de culte fétichiste culturel et sexuel, c’est un vaste sujet !

Tes dessins sont très réalistes, et représentent un mélange d’hommes virils et aussi parfois très androgynes, quelles sont tes influences artistiques ?

En montrant les altérités de corps asiatiques, j’essaie d’ajouter ma voix à toutes celles qui contredisent les stéréotypes racistes dont sont victimes les hommes asiatiques dans les médias occidentaux. Les préjugés de ce genre mènent souvent à la discrimination (sexuelle) que subissent les personnes asiatiques (et les personnes racisées) dans le milieu gay. Je souhaite montrer que tous les corps sont désirables, pas seulement les blancs dit « virils ».

Le côté « réaliste » de mes illustrations me permet de vraiment identifier ethniquement mes personnages, mais j’aimerais pouvoir y parvenir sans forcément recourir au réalisme, c’est un style en devenir. Mes sources d’inspiration sont multiples : les dessins animés, les mangas, les comics, la K-pop, le porno gay, les beefcake magazines, la mode, la photographie et bien sûr l’illustration.

Tu as récemment participé au Bogossbook (volume 3), ce recueil de dessins érotiques qui rassemble plus de 80 artistes du monde entier ; qu’est-ce qui t’intéresse dans ce genre de projet ?

C’est d’abord la passion de son initiateur, David Foissard, son ambition et son humilité, ainsi que la qualité du livre et de son contenu. J’admire ce genre d’initiative et cette volonté de promouvoir des auteurs pour la plupart inconnus du grand public. Ça a vraiment été un honneur et une reconnaissance de participer à ce livre et d’être inclus dans une communauté d’artistes queers aussi talentueux !

As-tu d’autres projets en cours ?

Actuellement, j’ai finalisé un livre de coloriage et je cherche un éditeur. Je réfléchis en outre à faire exister mes illustrations en dehors des réseaux sociaux. L’expérience de la collection capsule avec la marque de sous-vêtements STUD m’a beaucoup plu, et j’aimerais éditer certaines de mes illustrations sur d’autres supports.

Instagram de Tête Noire

Propos recueillis par David Foissard, éditeur du Bogossbook 

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