La drague en plein air a-t-elle de nouveau le vent en poupe ?

Bois, parcs, jardins
 Le cruising en extĂ©rieur nourrit depuis longtemps tous les fantasmes et les gays que nous avons interrogĂ©s tĂ©moignent d’un revival des plus excitants depuis la fermeture des Ă©tablissements de convivialitĂ©.

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Les lieux de rencontres gays en extérieur n’ont jamais vraiment disparu. Comme l’a démontré récemment l’enseignant-chercheur Laurent Gaissad dans son passionnant livre « Hommes en chasse – Chroniques territoriales d’une sexualité secrète », ils évoluent, disparaissent ici pour renaître là. La crise du Covid-19 et la fermeture des établissements (saunas, backrooms, clubs, etc.) ont-elles participé à un revival de cette drague old-school ? « Oui ! » répondent en chœur les témoins que nous avons interrogés.

Pour Nico (43 ans, Paris), un passionné de longue date du cruising en plein air, « ces lieux sont redevenus à la mode, notamment près de la pelouse de Reuilly où il y a plus de jeunes qu’avant ». Le Bois de Vincennes est en effet un must cité par beaucoup de nos témoins. Vers la zone naturiste plutôt en journée et près de la Porte Dorée en soirée.

Promenons-nous dans les bois

Paulo (30 ans, Paris) raconte : « L’été dernier, un ami a rencontré un homme de 70 ans qui habite Vincennes depuis son adolescence et qui a voulu lui faire visiter le Bois. Il lui a montré plusieurs spots de cruising. Vers 4h du matin, des mecs étaient tout nus assis sur des bancs, il y avait de l’action un peu partout. Depuis j’y vais avec un groupe de potes en fin de semaine, quand il fait chaud, c’est assez idyllique ». 

Le contact avec la nature, Olivier (29 ans, Paris) adore ça : « Draguer dans les bois c’est se sentir vivant. On se sent un peu animal. On communique avec le regard, les gestes. On se rapproche, on s’éloigne, on se toise et finalement on s’excite. Hier, j’ai redécouvert le Bois de Verrières en région parisienne [Il l’a même pris en photo pour Jock.life !, NDLR]. Il est aussi friand du Jardin des Tuileries, haut-lieu de la drague parisienne, qui ne désemplit pas en ce moment, même en plein après-midi : « Quand tu fais un plan et que tu voies en même temps la Tour Eiffel qui scintille ou la Pyramide du Louvre, c’est beau, c’est chic ! », lance-t-il en riant.

Le Bois de Verrières par notre JocKeur Olivier

L’adrénaline de l’interdit

Le côté transgressif, Richard (36 ans, Bruxelles) qui fréquente le Parc de Bruxelles, le Parc du Cinquantenaire et le Bois de la Cambre, l’apprécie également : « Il y a un côté exhib’, voyeur, plus fort que dans les bars ou les saunas, et puis un peu l’adrénaline de l’interdit aussi ».

Pour Damien (34 ans, Marseille), la fermeture des établissements lui a permis d’aller plus fréquemment au Parc Henri Fabre, dans la cité phocéenne. « J’ai remarqué qu’il y avait un nouveau public, avec un bon mélange générations. L’avantage c’est que c’est ouvert toute la nuit et jusqu’au lever du soleil, il y a toujours quelque chose à faire, tu trouveras forcément quelqu’un qui te plaît ! ».

Nouvelles rencontres

Pour certains, cela a été aussi une découverte pure et simple. Avant la crise, Paul (22 ans, Paris) ne connaissait pas la drague en plein air. « Ça m’a permis de rencontrer des gens qui se disent “hors milieu”. Des hétéros ou des bis qui ne sortiraient jamais dans des sex-clubs. J’ai l’impression que dans ces endroits il y a plus de tension sexuelle. Comme si tout le monde avait envie de sexe. Même s’il existe des sites ou des comptes Twitter qui les recensent, ces lieux se transmettent pas mal par le bouche-à-oreille, comme un héritage. »

Préserver ces endroits, c’est important pour nos témoins : « Dans le bois de Verrières, raconte Olivier, il y a des sacs plastiques mis à disposition par des habitués pour jeter ses détritus (capotes, mouchoirs, etc.) ». Ces rencontres hors du commun aussi laissent pas mal de souvenirs émerveillés. Nico, notre expert, se souvient : « Grâce à ces lieux, j’ai pu faire un plan en haut d’une grue sur les anciens quais du 13e arrondissement à Paris où il n’y a plus rien hélas. Sous un pont aussi. Sur des plages bien évidemment ou dans des grottes. Au bord d’un lac ou dans des forêts. On se sent libre avec seul le ciel au-dessus de soi ! ».

Tu en veux encore ?