Stéphane Riethauser, réalisateur de « Madame » : Ses 3 films LGBT cultes

Dans le magnifique documentaire « Madame », en salles dès mercredi 26 août, Stéphane Riethauser raconte en parallèle son parcours et celui de sa grand-mère dans un mouvement commun de libération des pressions du patriarcat. Pour Jock, il a accepté de parler de trois de ses films LGBT cultes. Ses choix sont à l’image de son film et mettent en avant des réalisateurs qui comme lui marient à la perfection créativité, sincérité et intimité.

Alternative Text Par Jock • Publié le

Tarnation, Jonathan Caouette (2003)

(c) Wellspring Media

« C’est un film qui a été une claque pour moi il y a une quinzaine d’années, je n’avais jamais rien vu de pareil, c’était un ovni : des images d’archives de famille montées avec iMovie et cela m’avait vraiment beaucoup marqué. Pour Madame, ce film a vraiment été une inspiration, je l’ai revu avec mon équipe et cela m’a beaucoup aidé. À la fin du film, je me suis dit que je n’avais pas l’histoire de Jonathan Caouette, que mon histoire était beaucoup plus lisse, que je n’avais pas des grands-parents qui m’avaient battu à coup de ceinture mais ce qui m’a inspiré c’est la façon dont il est capable de se mettre à nu tout en faisant un film universel qui a touché toute une génération.

À l’âge de 9 ou 10 ans, il se filme déjà dans sa salle de bains, il avait déjà une grande conscience de lui-même. Malgré ses effets de montage, ses douze mille typos, et, parfois, le « trop-plein » d’images, c’est un film qui a marqué. L’histoire est très forte. J’y pensais beaucoup quand ma monteuse et mon assistante me disaient « enlève, enlève », alors j’ai enlevé des séquences dont j’étais amoureux et qui étaient très belles pour éviter de soûler les gens et pour maintenir un équilibre global. Il fallait pour ma grand-mère, comme pour moi, trouver les moments forts et les axes d’une vie sans tomber dans le cliché mais en travaillant avec les archétypes pour toucher le cœur des gens ».

My Own Private Idaho, Gus Van Sant (1991)

(c) Carlotta

« C’est un autre film très important pour moi. Pas pour Madame mais pour le premier long métrage de fiction que je prépare. C’est un film qui a été un grand choc émotionnel quand je l’ai vu à l’âge de 19 ans aux États-Unis quand il est sorti. Je n’étais pas « out » à l’époque. Je n’ai rien compris, mais j’étais fasciné. Je suis tombé amoureux de River Phoenix.

Après le film, j’étais chez une amie italienne dans le campus où j’étudiais et qui avait un mur décoré de photos de beaux jeunes hommes. Après trois verres, j’étais bouleversé, et elle a vu que j’étais fasciné par la photo de River Phoenix. Je pense que c’est comme ça qu’elle a compris avant que je lui dise que j’étais homo. C’est un film qui m’a marqué émotionnellement et qui est aujourd’hui encore une source d’inspiration. Je pourrais dire cela de tous les films du Gus Van Sant. C’est un cinéaste qui imprime ta rétine et ne te lâche pas. »

Carol, Todd Haynes (2015)

(c) Number 9 Films Ltd. / Wilson Webb

« Todd Haynes est un autre réalisateur qui est une source d’inspiration constante et qui parvient à changer tout le temps de registre en parvenant toujours à m’émouvoir. Il y a eu Poison, Velvet Goldmine pour lequel je suis tombé amoureux de Jonathan Rhys-Meyers et puis I’m Not There sur Bob Dylan, c’est osé et ça marche !

Mais le plus fort a été Carol que j’ai découvert à Cannes il y a quelques années. Cette histoire d’amour entre deux femmes a été un grand choc. J’avais dormi trois heures comme c’est de coutume à Cannes puisqu’on reste tard dans les fêtes et que j’avais une invitation pour la séance de 8h30 le matin. J’avais peur de m’endormir, je me suis assis le dernier dans le Grand Théâtre Lumière, au dernier rang, et dès le début j’ai commencé à pleurer. Cela m’a touché en plein cœur. Je me suis dit que c’était ça le cinéma que je voulais faire. C’est d’une facture très classique mais c’est extrêmement intelligent. A la fin de la séance, j’étais de nouveau le dernier, je n’arrivais pas à me lever de mon siège. Ce film m’a vraiment percé le cœur. »

Madame, de Stéphane Riethauseur. Sortie en salles le 26 août 2020

L’histoire : Saga familiale basée sur des images d’archives privées qui s’étalent sur trois générations. Madame crée un dialogue entre Caroline, une grand-mère au caractère flamboyant, et son petit-fils cinéaste Stéphane, lors duquel les tabous de la sexualité et du genre sont remis en question dans un monde patriarcal à priori hostile à la différence.

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