Jérémie Lapeyre : « Mixer nu, c’est dingue comme sensation »

Quand il n’est pas sur scène ou en DJ set sous le nom de Loki Starfish, c’est l’un des organisateurs des soirées les plus prisées de la capitale. Jérémie Lapeyre co-organise notamment la « Halloqueen » au bar À La folie (Paris 19e), le 31 octobre. Nous avons fait le point avec lui sur ses différents projets et sur l’état du clubbing à Paris.

Alternative Text Par Jock • Publié le

Pour le 31 octobre, tu prépares une soirée « Halloqueen » au bar À la folie. Peux-tu nous en parler ?

Ça s’appelle Gang Coquette et c’est la seconde édition de la collaboration entre le Collectif Discoquette et notre crew Gang Bambi C’est une grosse soirée en mode 23h à 7h avec en guest le duo Il est Vilaine. Il y aura aussi une maison hantée avec 5 drags (Victoria Lachose, Bosco Noire, Gloria Gaypierre, Sciatique, et Liù) et 6 dj sets par les résidents des deux collectifs (Jean Rémi, EVNR, Nannä Volta, Ixpé, Starks et moi-même) ! On aura aussi quelques surprises avec des stands et de la prévention par les Sexy SouciS.

Peux-tu nous parler également du cabaret mensuel que tu prépares au Dépôt et des soirées naturistes « Beautiful Skin » au Klub ?

On bosse, avec mon comparse Vartang, sur un Cabaret Mensuel qui va s’apeller « Zizi » ! Un genre de Cabaret protéiforme et trash en mode 20h à minuit un jeudi par mois ! La première édition est le 5 décembre. Be prepared ! Pour « Beautiful Skin » on a enfin réussi à installer la soirée au Klub (après une édition au Point Ephémère et une à L’international). La soirée devient bimensuelle à partir du 7 Février 2020 ! C’est une collaboration avec le Collectif A222-32 et l’artiste Lou Lou Reloulou.  Il s’agit du premier et pour l’instant seul clubbing 100% naturiste en France. On propose des perfs, des expos, des photocalls, des stands de prévention, des flash tattoos. Ça n’est pas une sex party et c’est complètement mixte. On a aussi un nouveau projet de soirée avec Fabisounours qui s’appelle « Coquina » dont la première est le dimanche 10 Novembre au Dépôt aussi ! 

C’est quoi la recette d’une soirée réussie? 

Il y a finalement plein de recettes possibles…  Je dirais que c’est, avant tout, une soirée qui arrive à réunir une population prête à s’investir dans la fête, un staff qui sait accueillir et aussi, mais surtout, une programmation de qualité. Une soirée qui propose un environnement safe et joyeux, avec le juste équilibre entre encadrement et liberté. Il y a aussi une part de « magie » et d’alignement des choses qu’on ne maîtrise pas forcément. 

Crédit : Jean Ranobrac

On a l’impression d’un foisonnement dans la nuit gay/queer, plus que dans les soirées gay mainstream. C’est aussi ton impression?

Oui clairement, et surtout depuis disons cinq ans ! Les soirées 100% mecs, c’était bien dans un contexte où nous ne pouvions pas vivre librement auprès des hétéros. Maintenant, nombreux sont les collectifs qui proposent des soirées où nous pouvons toutes et tous faire la fête ensemble. Je pense même que ce sont des espaces nécessaires car ils proposent des environnements qui nous aident à nous rencontrer. Ces espaces font réellement avancer les choses. Il y a également la communauté drag et la ballroom qui ne cessent de grandir et de proposer des rendez-vous immanquables. 

Comment vois-tu l’avenir de la nuit gay?

« L’entre-soi » a quelque chose d’utile. Il permet de se reconstruire, du moins partiellement, des discriminations, des rejets et des violences que notre communauté LGBTQI+ peut subir. Je crois comprendre l’importance de soirées en non-mixité choisie. C’est nécessaire qu’elle soient là pour l’expérience qu’elles peuvent offrir. Mais dans un avenir idéal, nous gagnerions davantage à nous réunir pour faire la fête. Par ailleurs, on peut dire que ces soirées-là existent déjà dans beaucoup de sphères alternatives parisiennes. C’est ce qu’on propose avec nos soirées depuis trois ans et on est loin d’être les seuls.

Crédit : Studio81Gc

Quels sont tes meilleurs souvenirs de clubbing?

Honnêtement, c’est toujours délicat de savoir quoi répondre à ce genre de question. J’ai forcément beaucoup d’images qui me viennent. En tant qu’orga, je dirais que c’est de voir les gens occuper ces espaces de liberté que sont la nuit et les clubs. Les voir kiffer complètement, se lâcher, être heureux et heureuses. Ça m’a beaucoup frappé et ému à « Beautiful Skin » de voir les gens dans le son, danser à fond nus, être dans une joie et sans retenue… C’était vraiment très beau. Mixer nu aussi, c’est assez dingue comme sensation.  Je pense aussi à tous les lives, à l’énergie des drag shows… Bref, à tous les moments de communion intense. Quand je vais en soirée, j’aime être atteint par une ambiance, quelque chose qui est de l’ordre de l’indicible, une impression de suspension du temps, d’être pris par un flot qui nous rassemble et dont nous ne sommes pas maîtres. 

Tu es aussi chanteur et musicien. Où en est ton projet Loki Starfish?

Je travaille en ce moment sur des remix, l’un pour Gaelynn Lea, une artiste américaine que j’aime beaucoup, et l’autre pour Thibaut Pez. J’ai un projet de bande son de long-métrage et j’ai de nouvelles prods dans les tuyaux. J’ai eu du mal à ménager de la place pour mon travail de compositeur avec la quantité de soirées sur lesquelles j’ai bossé ces trois dernières années mais ça revient là ! C’est une nécessité ! 

Plus d’infos
Soirée Halloqueen jeudi 31 octobre dès 23h à La Folie, 26 avenue Corentin Cariou 75019 Paris
La Coquina, dimanche 10 novembre dès 23h au Dépôt, 10 rue aux Ours 75003 Paris


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