Pourquoi il faut aller voir « 5 Guys Chillin' » au Théâtre Clavel

Cinq garçons se retrouvent dans un appartement pour un plan chemsex. Tel est le pitch de la pièce de Peter Darney, 5 Guys Chillin’, qui revient après un succès mérité au Théâtre Clavel. Fort et éprouvant…

Alternative Text Par Jock • Publié le

Le chemsex ou le fait de prendre des produits pour une relation sexuelle à deux ou en groupe, est devenu le sujet à sensation dont on parle (souvent mal) dans les médias en ce moment. L’idée de Peter Darney, l’auteur de 5 Guys Chillin’, est justement de mettre en valeur la parole des consommateurs. C’est en interviewant les usagers de chemsex qu’il a écrit sa pièce, comme un intense verbatim qui évite les clichés et surtout ne porte pas de jugement moralisateur. Le texte est vrai, violent parfois, drôle quelquefois. Il nous renvoie à cette réalité dérangeante (pour qui ne pratique pas) pour mieux nous permettre de nous poser les bonnes questions. Pourquoi ? Comment ? Et ce n’est pas étonnant, du coup, que la pièce soit soutenue par les associations de lutte contre le sida. Dans toute sa noirceur, 5 Guys Chillin’ peut être salvatrice… Quand la pédagogie éclaire ce qu’on n’a d’habitude, pas envie de voir. Bienvenue dans l’appartement.

Crédit : Alexandre Mahé

Une mise en scène speed

Ce qui surprend d’emblée dans cette pièce, c’est le rythme incessant du jeu. Les acteurs vont et viennent comme pour signifier la fréquence de leurs rapports ou de leurs prises. Ils s’habillent, se déshabillent, se rhabillent. Ils s’assoient, se couchent, se lèvent… Les phrases du texte sont courtes, incisives, percutantes. On passe du récit d’un plan à celui d’une prise, d’une jouissance à un bad trip. Des hauts et des bas, qui ne laissent au spectateur pas le moindre répit, l’occasion de souffler.

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Crédit : Alexandre Mahé

Seules quelques pointes d’humour viennent détendre l’atmosphère. On a chaud avec les personnages, on a soif pour eux. On a envie de les toucher et qu’ils nous touchent. On est bien dans l’univers du chemsex. Ici, point de rationalité, uniquement de la sensation. Pour le meilleur comme pour le pire souvent…

Un jeu d’acteurs addictif

Les cinq garçons sont excellents dans leur manière de jouer l’emprise. On les suit dans leur déambulation psychoactive. Ils transpirent, ils suffoquent, ils rient, ils pleurent, ils jouent parfaitement. Ils ne tombent pas dans les truismes habituels. Ils laissent la porte ouverte au spectateur, à la fois acteur de ses fantasmes et voyeur de ses travers. En fait, les cinq garçons ne sont pas seuls sur scène : ils partagent leur espace avec tout le monde. Et on les aime pour ça. Leur générosité va bien au-delà de leur jeu d’acteur. Comme s’ils nous permettaient de ressentir leurs propres envies ou leurs propres peurs. Au point qu’à la fin de la pièce, personne ne sait vraiment s’il a envie d’applaudir et de se lever pour refermer ainsi la porte de l’appartement. Définitivement.

Crédit : Alexandre Mahé

Réalisme troublant

Ce qui nous trouble vraiment à la fin de la pièce, c’est que les cinq garçons ont mis nos émotions à rude épreuve. Par exemple, quand ils s’embrassent, ils s’embrassent vraiment. Quand ils font du sexe, ils sont nus. Les marques rouges de mains sur les fesses ne sont pas du maquillage. Le réalisme des relations est extrêmement troublant. La force du texte rend les actes sexuels d’une précision incroyable. Bien loin de la scénarisation à outrance des films X, 5 Guys Chillin’ joue la réalité avec ses imperfections et ses maladresses vraies. On quitte le théâtre émus. Émus, et franchement, moins bêtes…

Plus d’infos

5 Guys Chillin’ de Peter Darney , mis en scène par Christophe Garro
Avec Jonathan Louis, Vincent Vilain, François Guliana Graffe, Lionel Rousselot, Charlie Dumortier
Les mardis et mercredis à 19h30 au Théâtre Clavel (Paris 19e)

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